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De l’argent public et de la manière d’en disposer

Il existe une ambiguïté fort déplaisante dans nos démocraties modernes quant à l’usage de l’argent public. Les dirigeants au pouvoir se sont évertués à mettre en place des règles et des principes qui sont censés régir leur usage pour le bien commun tout en laissant une liberté d’action permettant de conserver une souplesse dans l’utilisation.

Néanmoins, l’actualité est régulièrement encombrée par l’usage que tel ou tel fait de cette liberté. Et si dans la plupart des cas, ces pratiques se font dans la légalité, l’évolution du monde fait que des choses qui pouvaient être acceptable par le passé sont devenus insupportable de nos jours.

C’est ainsi que deux tendances antinomiques s’affrontent. D’un côté, la population exige de ses dirigeants des pratiques irréprochables. D’un autre côté, le pouvoir doit se purger de  vieilles habitudes héritées d’un passé ou tout était permis et rien n’était connu. Au milieu, un équilibre difficile à trouver si tant est que ce soit le but recherché.

Un principe

Le principe est simple pourtant. Les fonds publics sont censés bénéficier à tous ceux qui contribuent au bien commun et à la mise en œuvre de missions bénéficiant à la majorité des citoyens. Par extension, l’argent qui sert de rémunération aux attachés parlementaires doit être en lien direct avec le bien public, pas le bien être d’un élu.

En particulier, il est légitime de contester le travail du mari ou de la femme d’un parlementaire s’il est avéré que celui-ci ou celle-ci n’est en rien engagé dans l’action politique. Le bon sens voudrait que soit évitée une confusion des genres entre contribution privée et contribution publique.

La contribution privée est et doit rester exempte de toute forme de rémunération. En revanche, la contribution publique justifie une rémunération en relation avec le travail produit. Dans un cadre comme celui-ci, toute tentative de justification n’est pas audible. Pas plus que  celle qui consisterait à s’exonérer soi-même de toute forme de respect de la loi.

Une tentation

Il est pourtant tentant pour nos hommes et nos femmes politiques d’user et d’abuser d’un système fait par des personnages d’un autre temps qui n’auraient sans doute jamais imaginé que de telles pratiques puissent exister. Il ne faut pas douter que si les pères de nos lois avaient considéré la perte du sens public qui touche notre classe politique, de telles pratiques seraient considérés comme des délits.

Hélas, ce n’est pas le cas. Il faut donc s’en remettre à la conscience de nos élus, valeur fragile par les temps qui courent. C’est ainsi qu’après tant d’années passées dans l’ombre de son mari, une femme sans expérience dans le domaine devient la bénéficiaire d’un revenu substantiel issu de fond public. Nul ne conteste la valeur de la personne ni son rapport de confiance avec son mari. Mais tous peuvent légitimement se poser la question d’un mélange des genres malsain.

C’est alors que ressurgissent d’autres affaires de même ordre. L’affaire de la présidence de l’EPAD en est un bon exemple. Oui, souvenez-vous du poste qui avait été confiée à l’un des jeunes fils du président Sarkozy contre toute décence et toute logique. C’est alors que nous reviennent tous ces abus de pouvoir. Un à un, ils discréditent l’action de ces hommes qui demandent tant à leurs citoyens tout en s’attribuant des avantages pour le moins déplacés.

Un cadre

Il existe pourtant un cadre moral à l’exercice public. Il n’est pas imaginable de considérer que la loi seule délimite l’action publique. Cela n’est pas suffisant et tous le savent bien. Mais alors, pourquoi déroger à des principes élémentaires de déontologie qui sont à la portée de toute personne soucieuse du bien public.

C’est que le cadre moral qui a existé si longtemps s’est volatilisé. Le cynisme des uns et l’abandon des autres a permis l’émergence d’un nouveau groupe de dirigeants hermétiques à toute compassion si ce n’est envers leurs propres dérives. Le jugement moral n’est plus mortel au regard de l’opinion publique. Tout au plus est-il une ligne comptable dont chacun est devenu le débiteur.

Il n’y a qu’à voir tous ces élus qui en dépits des condamnations et des soupçons poursuivent une longue carrière. Ils sont en cela soutenu par des administrés complices ou résignés. Comment nos dirigeants ont-ils pu tomber si bas dans l’acceptation de telles exactions ?

Une morale

Dans ce monde, rien ne dure et il y a une fin à tout. Et cette fin se rapproche inexorablement du terme. Un jour prochain viendra où les comptes seront soldés. Les pratiques d’aujourd’hui seront condamnées dans une vaste purge anti-corruption, anti-collusion et anti-système.

De toute évidence, le peuple espère un grand règlement. Et pourtant, cette lessive générale est à redouter. Une lessive violente qui risque fort d’emporter nos apprenti-sorciers. Oui, vous savez, tous ceux qui proclament la légalité de leurs actes. Mais elle emportera également les hommes justes, apôtres de la mesure pour laisser la place aux populistes, adeptes sanglants de la démesure.

Ce jour-là, du fond de ma caverne, je songerai avec tristesse à tous ceux qui ont pensé à tort que leurs actions à défaut d’être justes étaient pour le moins acceptable. Non messieurs, elles ne le sont pas. En particulier l’argent public à votre disposition n’est pas le votre. Vous en êtes responsable et redevable auprès de tous.

A très bientôt.

Chandra

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