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Les éclipses de la gauche – L’actu du lundi

La gauche française a été durant ces trente-cinq dernières années une ombre à la recherche de la lumière. Obsédés par la conquête et la conservation du pouvoir, ses responsables successifs n’ont eu de cesse que de s’oublier eux même pour proposer aux français une tiède alternative.

Il est vrai qu’à contrario, la gauche partait de très haut. Peu de gens se souviennent et encore moins de personnes ont lu le programme que le parti socialiste avait publié sous ce slogan conquérant « Changez la vie ». A cette époque et après plus de vingt ans sans alternance, la gauche sous l’égide de François Mitterrand préparait son retour au pouvoir en s’appuyant sur un ensemble de mesures progressistes.

C’est une gauche assumée qui le 10 mai 1981 était choisie par une majorité de français aspirant à de nombreux changements. Et c’est pourtant cette même gauche qui fit le choix du renoncement puis de l’oubli avant de disparaître quasi totalement pour renaître tel le phénix de ses cendres.

Un renoncement

Arrivé au sommet de l’état, tout homme peut être pris de vertige devant les responsabilités à assumer. Car il ne suffit pas d’incarner des idées, reste à considérer les citoyens, tous les citoyens. Or notre démocratie est ainsi faite que devenir président de la république, c’est être aussi et surtout le président de tous les français.

Or, il est clair que tous ces français ne partagent pas les idées de la gauche, loin de là. J’étais encore adolescent mais je me souviens bien de cette atmosphère de défiance, de quasi-guerre civile après mai 81. Pour un très grand nombre, François Mitterrand n’était pas leur président, Ceux-là n’attendaient que la chute qu’ils jugeaient inévitable d’un homme et d’une politique qu’ils honnissaient.

François Mitterrand connaissait bien l’histoire et était très attaché à la trace qu’il y laisserait. Avant tout, il voulait démontrer la capacité que lui et ses amis auraient de gouverner dans la durée et au nom de tous. Par ailleurs, sa longue carrière politique avait fait de lui un opportuniste plus qu’un idéologue.

C’est donc sans beaucoup d’effort que peu à peu, il a renoncé à l’application scrupuleuse d’un programme sans doute inadapté aux contraintes économiques de notre pays. Ce faisant, il a permis aux partis de gauche de s’affirmer comme une alternative de gouvernement pour les années qui suivirent. Mais dans le même temps, il a scellé dès le printemps 1983 le renoncement de la gauche à ses idées.

Un oubli

Renoncer à ses idées peut être quelquefois une décision temporaire. Mais le plus souvent, c’est un chemin sans retour parce que le contexte politique français s’accommode trop bien du confort des compromis. Qu’alors l’oubli de ses idées deviennent le garant d’un accès plus aisé au pouvoir et c’est le socle même qui constitue les fondations de la gauche qui se disloque. Il disparaît sous les lames d’un parquet qui ressemble de plus en plus à celui du camp d’en face.

C’est cet oubli qui a constitué le fait majeur de ce que les historiens appellent maintenant « Les années Mitterrand ». Durant ces années-là, la gauche s’est oubliée pour laisser l’espace à un social-libéralisme semblant mieux correspondre à l’air du temps et à la disparition du bloc de l’est suite à la chute brutale du mur de Berlin.

L’exercice du pouvoir a montré une fois de plus sa capacité à dissoudre les idées dans l’acide des réalités. La gauche y a perdu son âme et ses partisans leurs convictions les plus profondément ancrés. Les conditions étaient donc réunies pour passer à l’étape suivante.

Une disparition

Lorsqu’une idée n’est plus irriguée par l’énergie de ses partisans, elle se dessèche comme une fleur sans eau. Elle conserve quelques temps son apparence et sa couleur mais dans le fond, elle est déjà en train de disparaître faute de renouvellement.

C’est ce qui s’est passé avec les idées de la gauche. Peu à peu s’est mis en place la ringardisation d’une idéologie qui était présentée comme dépassée, inadaptée aux réalités, obsolète. Il y avait même un côté désuet, pathétique dans l’incarnation même de ses idées par des hommes honorables et intelligents mais dont on percevait les limites.

Nous avions affaire à un groupe de responsables, ayant visiblement perdu la foi, qui défendaient tant bien que mal une gauche pâlotte et figée. Il est ardu de défendre une cause à laquelle on ne croit plus. Il est encore plus difficile de la défendre quand l’exemple de sa vie n’est pas conforme aux idées que l’on tente en vain de défendre.

C’est pourtant cette gauche moribonde qui est revenue au pouvoir par dépit plus que par adhésion. Une gauche qui n’était plus elle-même mais dont l’ombre, faute de consistance, agitait le souvenir de celle qu’elle avait été.

Une espérance

Mais avoir de nouveau le pouvoir n’est que peu de chose quand aucune vision forte ne structure son action. Alors d’abandon en abandon, de reniement en reniement, c’est le deuil d’une idée. Un deuil que chacun faisait avec plus ou moins de soulagement.

C’est le soulagement de ceux qui côtoient un malade depuis trop longtemps. Et qui, ayant perdu toute espérance, n’attendent plus que sa mort. Et pourtant, l’espoir est un étrange sentiment. C’est souvent dans les moments les plus sombres que soudain se rallume une étincelle.

Et alors se dévoile la force d’une idée, la réalité de son fondement et sa nature permanente. Car en réalité, les idées de gauche sont comme le soleil masqué par la lune. Elles ont été éclipsées pendant un temps. Mais elles n’en sont pas moins vivantes car les causes de leur existence n’ont pas disparues.

Que finisse l’éclipse et que brille de nouveau le soleil. Et que de nouveau s’affrontent des idées et non plus leurs ombres. Car au fond de chacun de nous, brille cette espérance universelle, celle de changer la vie pour la rendre meilleure.

A très bientôt.

Chandra

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