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François Fillon ou la chute d’Icare

La politique est un exercice cruel. Quel que soit votre bilan, vos actions passées peuvent à tout instant être effacées brutalement par un présent assourdissant qui brise toute ambition. C’est l’expérience douloureuse que vit aujourd’hui François Fillon.

Lui qui était promis aux plus hautes fonctions de l’état après une carrière exemplaire se trouve maintenant voué aux gémonies par la simple révélation d’actes anciens qui ne sont ni des crimes ni même des délits mais qui pourtant sont autant de coups mortels qui vont briser son ambition.

La vie est souvent injuste. Ainsi, d’autres que lui ont accédé à la fonction suprême sans pour autant être irréprochable dans leurs actes. Mais l’opinion ne lui pardonnera pas. Justement parce qu’il a prétendu représenté une vertu morale qu’il n’a apparemment pas su s’appliquer à lui-même et à ses proches.

Mais au-delà du jugement de chacun sur cette triste affaire, il y a une dimension tragique dans l’obstination et le courage dont il fait preuve pour faire face à l’adversité. Il incarne en cela de façon évidente une version moderne du mythe d’Icare. Un nouvel Icare dont nous sommes les spectateurs attentifs de la chute inexorable.

Un envol

Comme Icare, François Fillon a su s’évader du labyrinthe des primaires afin de prendre son envol. Il a pour cela su se fabriquer des ailes solides à l’aide des plumes d’un changement libéral. Un changement profond qui selon ses propres mots allait renverser la table.

Pour se lier à un changement dont par le passé il n’avait pas toujours été le promoteur le plus ardent, il s’est engagé sur le chemin glissant de l’honnêteté et de la probité. C’est la cire qu’il a utilisé pour affirmer qu’il serait celui qui ferait ce qu’il disait.

Devant autant d’assurance et de détermination, tous ces adversaires ont vacillé. Ils ont tenté de lutter mais ont été emporté par une vague profonde, la vague du changement, la vague de tous les braves gens si souvent trompés par des promesses hâtives.

Avec lui, pas de doute, la victoire était acquise. Et avec elle l’assurance d’un changement réel et profond de notre société. Bien sûr, des doutes subsistaient sur la capacité de ce drôle d’oiseau à mobiliser les couches populaires et à infléchir ses convictions. Mais dans le fond, il existait une croyance ancrée au fond de tous quant à la probité et les compétences de cet homme.

Un aveuglement

Il avait tant lutté. C’était l’heure de gloire de celui qui avait si souvent été bafoué. C’était aussi l’heure de la revanche envers ceux qui l’avait combattu en employant des méthodes peu reluisantes. Que pouvait-il donc lui arriver ? Tous les signaux étaient au vert et le chemin tout tracé.

C’est alors qu’une affaire aux contours simples et au potentiel ravageur a soudain été révélée à tous les citoyens. La propre femme de François Fillon se révélait avoir été sans le savoir l’attachée parlementaire de son mari puis de son suppléant pendant plus de vingt ans. Pénélope Fillon, comme un monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir, était confortablement rémunérée sans savoir pourquoi elle l’était.

Devant le tumulte, François, tel Icare, choisi d’ignorer le danger et de s’élever dans le ciel pour prendre de la hauteur et changer d’atmosphère. Il est vrai que certains de ses amis commençaient à douter de la destinée présidentielle de leur favori d’hier. La rumeur insistante et persistante distillait peu à peu le lent poison de la suspicion et de la trahison dans les cœurs les plus fermes.

Pourtant, François, ne doutant pas de sa destinée et bravant tous les dangers continuait son chemin. Clamant haut et fort son innocence et rassurant ses troupes en leur affirmant son indéfectible courage face à l’adversité. Comment pouvait-il en être autrement. Comment une peccadille comme celle d’un soupçon d’emploi fictif pouvait-elle compromettre le travail d’une vie.

Une obstination

Oui mais voilà, l’esprit des français est encombré de tant d’hommes coupable ayant proclamé leur innocence que les soupçons d’hier sont devenus les évidences d’aujourd’hui. Il n’existe plus d’indulgence pour ce genre d’affaire. En particulier lorsque la famille est mêlée à des prises d’intérêts plus ou moins légales.

En réalité, peu importe le résultat, seule la manière compte. Et celle qui consiste à disposer de l’argent public pour son usage personnel ou celui de ses proches, si elle n’est pas encore interdite par la loi est devenu rédhibitoire à l’exercice d’une fonction publique.

Ignorer l’évolution de l’opinion sur un sujet tel que celui-ci, c’est tel Icare, voir fondre ses certitudes. C’est ainsi que la cire d’honnêteté et de probité dont François Fillon avait fait usage s’est mise à fondre au soleil de l’opinion.

Qui aurait pu croire que les rayons de l’opinion perceraient les nuages couvrant de telles pratiques. C’est pourtant ce qui s’est passé, rendant suicidaire le choix de celui qui, par son obstination, s’est mis dans une posture impossible. Celle de continuer à voler sans cette cire qui, loin de se raffermir, ne cessait de fondre.

Une chute

Nul ne doute qu’un autre ne retrouve les ailes du changement lorsque François Fillon aura fini sa chute. Cette histoire est déjà finie sans que nous en connaissions encore la date exacte. Mais je suis plus inquiet pour la cire fondue. L’honnêteté est une matière fragile dont l’absence est le plus souvent masquée par d’autres artifices.

C’est l’orgueil de François Fillon que d’avoir voulu mettre en avant une matière si fragile. Il eut été plus avisé de mieux protéger sa vertu reconnue en la mettant un peu moins en avant. L’ayant utilisé au mieux pour sortir de son labyrinthe, il n’a eu de cesse que de l’exposer à tout vent, au risque d’y perdre sa réputation.

Tel Icare, sa chute n’est pas le fait le plus important. Mais bien davantage son aveuglement et son obstination à ignorer les risques et à les considérer comme autant de choses négligeable. La vanité, la folie des grandeurs et la mégalomanie sont les compagnes fidèles de tous ceux qui tel Icare ont volé si haut qu’ils ont brûlé leurs ailes. Que nos yeux observent bien leurs chutes pour s’en rappeler leurs erreurs à jamais.

A très bientôt.

Chandra

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