Edito Savoir

Le pouvoir de la connaissance – L’édito

La connaissance, c’est l’arme pacifique du pouvoir. C’est en tout cas la manifestation invariable de tout pouvoir en place, celui qui a le pouvoir sait. C’est cette connaissance qui délimite la frontière entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont le pouvoir et ceux qui n’en ont pas.

En réalité, nous ne parlons ici que d’un certain type de savoir, ce n’est pas un savoir public, c’est ce qui par nature est tenu secret. Il est donc nécessaire, pour mieux comprendre la nature de la connaissance dans l’exercice du pouvoir, d’en distinguer les différentes formes ainsi que les raisons de son utilisation.

C’est particulièrement important lorsque l’on sait que chacun de nous est partie prenante de la bonne marche de la société. Reste à savoir comment le pouvoir use de ses connaissances mystérieuses tout en préservant les droits des citoyens.

La connaissance, une arme pacifique

C’est Francis Bacon qui écrit : « La connaissance est en elle-même puissance. ». Ce philosophe anglais, contemporain de la reine Élisabeth Ière ne croyait pas si bien dire. Son propre père, ministre de la reine, avait certainement partagé avec lui certaines connaissances dont le pouvoir se forge une armure.

De toute évidence, toute connaissance, lorsqu’elle se limite à un petit nombre d’individus permet de disposer d’un pouvoir certain tant que le secret est bien gardé. Quand la connaissance se diffuse, le pouvoir qui s’y rapporte s’évapore de la même manière.

Mais alors, pourquoi un pouvoir encouragerait-il le partage de la connaissance ou du moins le partage d’un certain savoir. La réponse est évidement négative. C’est ce qui explique sans le justifier le soin avec lequel tout pouvoir garde précieusement le secret sur un grand nombre de dossiers afin de garder la main sur ces questions et qualifier d’ignorant tout individu pouvant avoir des connaissances sur le même sujet.

En réalité, la connaissance dans nos sociétés n’est pas relative au savoir propre à la personne. Elle est liée à la légitimité de cette personne vis-à-vis de ce domaine. Nous touchons là à une aberration inébranlable qui consiste à prêter un savoir aux personnes qui sont censées le détenir plutôt qu’à ceux dont les faits démontrent le savoir.

Et pourtant, cette connaissance, même imparfaite voire erronée, reste un instrument fort économique pour tout pouvoir à la condition que celui-ci accorde une légitimité à ceux qui sont en charge de communiquer sur le sujet.

La connaissance sans but

Nous en arrivons donc à une situation insensée. La connaissance, dont le but devrait être la diffusion au plus grand nombre, est, en réalité, contrôlée par un petit groupe d’individu. Un groupe dont le but n’est plus la connaissance elle-même mais sa conservation à l’abri des regards.

Nulle surprise que dans une telle situation, les dépositaires de la connaissance ne soient plus ceux qui ont ce savoir. Ce sont, plus prosaïquement, ceux qui sont autorisés à en parler. Nul doute que, face à cette comédie du savoir, les vrais savants se désespèrent devant l’accaparement de leurs connaissances. Tout cela au profit de communicants dont l’unique objectif est de tirer bénéfice d’un savoir qui ne leur appartient pas.

Le plus grand drame est néanmoins lié à l’ignorance de ces dépositaires qui, ayant pouvoir de nuire et ne comprenant pas le plus souvent se dont ils sont les soi-disant experts, en viennent à proposer des changements complètement contre-productifs au nom d’idées justes mais incomprises.

C’est cette question qui va faire l’objet du dossier de cette semaine. En attendant vendredi, quelle est votre opinion sur le sujet. Pensez-vous que la connaissance soit un pouvoir, un moyen comme un autre, ou tout autre chose ?

A très bientôt !

Chandra

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