Edito Société

Le pouvoir du sport – L’édito

Le sport, c’est le muscle du pouvoir. C’est en tout cas son utilité première, la glorification des résultats. Mais en réalité, le sport est à la fois un exemple et un contre-exemple pour le pouvoir. En effet, les efforts nécessaires à la pratique d’un sport de haut niveau, et sa culture de la victoire à tout prix, requiert un total dépassement de soi qu’affectionne le pouvoir. Mais cela peut tout aussi bien devenir un problème lorsque ce même pouvoir prend conscience du côté éphémère d’un résultat et des efforts nécessaires mais vains pour rester au sommet. Reste à savoir comment le pouvoir utilise ces réalités et comment les a-t-il adaptées à ses pratiques.

Le pouvoir par le sport

C’est Georges Orwell qui écrit : « Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins. ». Voici un propos plein de lucidité et qui en dit long sur la cruelle réalité d’une activité dans laquelle les hommes trouvent leur épanouissement. Rien de surprenant à ce que le pouvoir et sa conquête s’identifient si aisément à une compétition sportive.

Même dans une démocratie où la compétition électorale à toutes les apparences d’un championnat sportif, force est de constater que l’exemplarité semble bien loin des préoccupations des principaux acteurs au détriment de moyens bien moins recommandables. En réalité, le sport de compétition est la démonstration vivante et permanente d’une réalité immanente, c’est-à-dire intrinsèque à notre humanité même, le fait que l’homme est un loup pour l’homme.

C’est ce qui explique sans doute chez nos concitoyens ce manque d’intérêt grandissant pour des compétitions où depuis bien longtemps, l’important est de gagner à tout prix, y compris au détriment de sa santé ou de celle d’autrui. Et pourtant, une analyse plus poussée montre quelques brèches dans ce combat permanent que semble être devenu le sport. Mais alors, qu’en est-il vraiment ?

Le sport sans limites

La compétition que nous offre le sport de haut-niveau est un spectacle permanent. Un spectacle offrant une légitimité de façade à d’autres types d’affrontement eux aussi présentés comme autant de compétitions anodines.

Pourtant, cette course sans limite aux résultats n’est que le simulacre séduisant d’une guerre permanente entre les hommes et les femmes. Un combat pour la domination d’autrui et son asservissement. Ainsi, agir au mieux pour obtenir la victoire devient une action légitime, se plaçant par-delà le bien ou le mal.

Sauf que, de façon générale, il est bien difficile de conserver un semblant d’enjeu dans une compétition stérile dans laquelle le véritable objectif ne serait que de maintenir nos concitoyens dans l’illusion d’une quelconque maîtrise de leur destinés.

En réalité, le pouvoir utilise le sport comme une image de l’idéal qu’une société pourrait proposer à ces membres. Une forme de méritocratie dans laquelle chacun partirait de la même ligne de départ et où les meilleurs l’emporteraient.

Rien de tel pour maintenir la cohérence sociale qu’une bonne course aux honneurs. Une course qui mobiliserait les énergies des plus courageux et des plus endurants. Voici donc la nouvelle illusion, nous laisser croire en l’équité d’une telle compétition.

C’est cette question qui va faire l’objet du dossier de cette semaine. En attendant vendredi, quelle est votre opinion sur le sujet. Pensez-vous que le sport soit un exemple à suivre, un nouvel élément du spectacle du pouvoir ou tout autre chose ?

A très bientôt !

Chandra

2 thoughts on “Le pouvoir du sport – L’édito

  1. Quel large débat ! De quel sport parle t-on, celui que nous pratiquons ou essayons de pratiquer afin de nous rappeler que nous, pauvres citadins, sommes constitués de muscles ou celui que nous vivons « par procuration  » dans les stades ou devant nos téléviseurs ?
    Dans les deux cas, il est aisé de franchir la limite de ce qui paraît acceptable. Combien de sportifs amateurs se blessent ou se tuent à vouloir repousser leurs propres limites … Combien d’accidents lors de matchs dans les stades …
    Le sport est fédérateur dans le sens où il permet une osmose de personnes sans que leurs origines ou leur statut soit pris en considération, mais d’un autre coté il exacerbe les tensions et les anciennes rancunes.
    Les pouvoirs en place ont toujours su s’appuyer sur le sport comme dérivatif, un petit voile afin de faire passer des lois discrètement, une petit voile afin de faire oublier la crise ..
    L’important c’est que la France gagne !!! Du pain et des jeux !!

    1. Merci pour votre commentaire.

      Tout à fait d’accord avec votre regard porté sur ce sujet. Reste deux questions fondamentales.
      1/Pourquoi le pouvoir aurait besoin d’un dérivatif quelconque ?
      2/ Pourquoi est-il important pour le pouvoir que la France gagne ?

      En réalité, la réponse à ces deux questions est un déterminant de la nature du pouvoir en place.

      A suivre …

      Chandra

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