Edito Justice

La prison du pouvoir – L’édito

La prison, c’est la face sombre du pouvoir. C’est en tout cas la forme ultime de privation de liberté, au nom du principe de défense de cette même liberté. C’est ce paradoxe même qui implique tant de débats.

En réalité, il n’existe pas une seule forme de prison mais de nombreuses variations sur le même modèle. Il est donc nécessaire, pour mieux comprendre la nature de chacune de ces prisons, d’en connaitre les différentes formes ainsi que les raisons de son utilisation.

C’est particulièrement important lorsque l’on sait que chacun de nous est susceptible un jour d’être privé de sa liberté quelle que soit la justesse de sa condamnation. Reste à savoir comment le pouvoir use des prisons dans le sens de sa justice tout en protégeant les droits des citoyens tant que faire se peut.

La prison, une arme absolue

C’est Henry David Thoreau qui écrit : « Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison. ». Ce philosophe américain du XIX ème siècle ne croyait pas si bien dire. Son propre pays, aujourd’hui peuplé de 325 millions d’habitants compte plus de 2,2 millions d’individus incarcérés et 4,7 millions en liberté surveillée.

Lorsque qu’un pays limite la liberté de plus d’une personne sur cinquante, se pose inévitablement deux questions. Pourquoi un tel nombre et comment peut-on en arriver à de tels niveaux dans un pays qui prétend défendre les libertés. A moins que ce moyen soit le plus efficace pour défendre la liberté d’autrui.

Mais alors, comment expliquer qu’années après années, en dépit d’une application toujours plus stricte des peines de prison, celles-ci ne soient pas en baisse, bien au contraire, comme si la prison entraînait la prison. La réponse est fort simple. L’objectif de la prison n’est pas de résorber une cause, elle est uniquement d’empêcher de nuire tous ceux qui se font prendre.

En réalité, la multiplication du nombre de prisonniers n’est pas due à la prison elle-même. Elle est due bien davantage à une somme de problèmes différents qui cumulés génèrent un flux croissant de condamnés. La prison n’est donc qu’un filtre tentant d’assainir une eau polluée par les dérèglements de nos sociétés. Le problème est que ce filtre est saturé.

Et pourtant, la prison est encore trop souvent présentée comme l’arme absolue. Une arme qui doit permettre de régler des problèmes qui pourtant la dépasse.

La prison sans alternative

Ne considérer que les centres d’incarcérations serait une simplification inexacte. En réalité, en y regardant de plus près, notre société est une pyramide de petites prisons. Chacune est en place, du reste, pour le bien d’autrui.

Dès l’enfance, l’école est une prison, bienveillante certes mais obligatoire. Le travail est un autre lieu ou votre présence est obligatoire. Ainsi, peu à peu, se construit pour chacun de nous un ensemble d’obligations, à-priori librement consenties. Des obligations dont on sait bien, qu’elles ne sont que des non-choix dont toute dérogation peut entraîner votre exclusion.

L’exclusion du système, c’est l’entrée dans la marginalisation qui le plus souvent se termine au fond d’une cellule. Pas vraiment une cage dorée en dépit des légendes. En réalité, le paradoxe est que pour éviter cette privation ultime de liberté, chacun de nous se doit d’accepter une autre prison. Celle que nous propose la société, bienveillante sans doute, pour nous protéger de nous-mêmes.

C’est cette question qui va faire l’objet du dossier de cette semaine. En attendant vendredi, quelle est votre opinion sur le sujet. Pensez-vous que la prison soit une nécessité, un moyen comme un autre, ou tout autre chose ?

A très bientôt !

Chandra

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