Edito Savoir

La solitude du pouvoir – L’édito

L’exercice solitaire du pouvoir, c’est la tarte à la crème ultime. De nombreuses plumes parmi les plus célèbres ont exprimé cette solitude bien mieux que je ne pourrais le faire. De Shakespeare à Machiavel, de Tacite à Voltaire, tous ont évoqué ce phénomène qui transforme inéluctablement l’exercice du pouvoir en un exercice solitaire.

Le grand Goethe nous le confie même avec fatalisme « La solitude est l’enfant du pouvoir ». Un enfant, pensez donc.

La solitude, une fatalité ?

Alors, c’est vrai, le pouvoir tend à isoler ceux qui l’exercent. Certaines décisions, lourdes de conséquences, sont prises dans l’atmosphère feutrées de tours d’ivoires où le décideur se trouve face à lui-même et à sa conscience avant de faire un choix qui se veut toujours cornélien. Nous imaginons fort bien un Louis XIV, un Napoléon ou encore un de Gaulle dans l’une de ces situations. Du reste, ces grands personnages ont tous cultivé cette image qui, dans une certaine mesure, les rapprochaient des dieux.

Pourtant, ils sont des hommes comme nous. Dans notre société, nous entendons souvent chanter les vertus d’un effort collectif, la beauté de la victoire par équipe qui serait un choix incontournable. Du reste, croire en l’homme providentiel reviendrait à croire à l’universalité de ses connaissances et de ses compétences. Tous reconnaissent donc qu’un seul homme ne peut pas réunir toutes les capacités requises. Mais alors, peut-il décider pour autant ?

Face au rationnel, la seule réplique de l’homme moderne reste l’irrationnel. Il existerait une sorte de mystique du pouvoir qui irait au-delà de la compétence et toucherait au mystérieux. Un mystère qui conduirait à associer une décision à celui qui la prend afin qu’il puisse en endosser la responsabilité. Donc, si je comprends bien, l’exigence d’assumer une décision impliquerai la nécessité de prendre seul cette décision. Je vois déjà certains d’entre vous sourire devant ce paradoxe qui touche à l’imposture. Cette solitude, enfant du pouvoir, serait-elle un enfant dans le dos ?

Le choix de la solitude

De toute évidence, le pouvoir isole. Mais dans quelle mesure, n’isole-t-il que ceux qui le souhaitent. Quelle est la volonté de celui qui exerce son pouvoir en solitaire ? N’a-t-il pas la possibilité de changer cet état de chose. Est-ce possible ou bien est-ce simplement sa volonté.

Par ailleurs, il n’est pas de juge plus bienveillant à ses actions que soi-même. De ce fait, exercer un pouvoir solitaire, c’est se prémunir d’un contrôle pesant et éviter les justifications. C’est aussi se placer au-dessus d’autrui – une situation toujours plus confortable que la mise sur la sellette.

C’est donc cette question qui va faire l’objet du dossier de cette semaine. En attendant vendredi, quelle est votre opinion sur le sujet. Pensez-vous que la solitude du pouvoir soit une fatalité, un choix ou tout autre chose ?

Nuit solitaire

A très bientôt.

Chandra

2 thoughts on “La solitude du pouvoir – L’édito

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