Actualité News

Emmanuel Macron, la précaution inutile – L’actu du lundi

Dans le tumulte qui précède la prochaine élection présidentielle, nous assistons ces derniers mois à l’émergence d’un nouveau mouvement politique incarné par un bel inconnu, Emmanuel Macron. Ancien inspecteur général des finances, ancien banquier-associé chez la banque Rothschild, ancien ministre de l’économie, il y a comme de la patine chez ce jeune homme de trente-huit ans.

Il est vrai que la valeur n’attend pas le nombre des années et qu’il y a bien longtemps qu’un jeune homme brillant ne s’était pas intéressé de si près à l’action publique, monde encombré d’hommes et de femmes d’un certain âge voire d’un âge certain.

C’est ainsi que dans sa bienveillance, dame fortune nous accorde le privilège de pouvoir jeter notre dévolu sur un homme providentiel, un messie en quelque sorte, venu pour nous guérir de tous les maux. Quelle chance avons-nous !

Souvent, la séduction vient de ces instants magiques où l’être désiré apparaît soudain. Souvent, les traits sont charmants et l’homme plein d’esprit. Sa bienveillance n’a d’égale que son entregent et tous vantent son intelligence et son esprit d’initiative. Comment ne pas succomber à la force des évidences ? Peut-être en reprenant nos esprits et en faisant la part des choses entre mythe et réalité.

Une nouveauté

Comme le souligne le dicton, tout nouveau, tout beau est une vieille rengaine qui en dit long sur le bon sens populaire qui s’y rapporte. L’homme est ainsi fait qu’il est friand de nouveauté. Cette curiosité animale est en chacun de nous. Elle est un moteur du savoir et une excitation face à l’inconnu que représente autrui.

Que la nouveauté soit au goût du jour et soudain, la curiosité vire à l’engouement puis à l’enthousiasme. C’est bien naturel et c’est d’une certaine manière souhaitable. De la nouveauté peut naître le changement. C’est ce point de départ qui suscite l’espérance et c’est bien là que commence l’imposture. De quelle nouveauté nous parle-t-on ?

Examinons le parcours de cet homme. Fils de médecins, études dans un établissement privé catholique fondé par les jésuites, Bac S, hypokhâgne puis khâgne au lycée Henry IV à Paris, il finit diplômé à Sciences-Po avant d’intégré l’ENA dont il sort en 2004. Que dire jusque-là sinon que ce parcours est à la fois brillant et très classique pour un membre de l’intelligentsia française.

A l’issue de ce parcours, il intègre le prestigieux corps de l’inspection générale des finances, le nec-plus-ultra de notre administration. C’est dans ce cadre qu’il participe à la commission dites Attali et commence une irrésistible ascension. En 2008, il part dans le privé et devient banquier chez Rothschild où, sans aucune expérience dans le domaine bancaire, il remporte des succès reconnus qui font de lui un millionnaire. Toujours brillant et toujours aussi classique.

Dès 2010, il travaille aux côtés de François Hollande en tant que conseiller économique. Après son élection, ce dernier le fait entrer à l’Elysée pour travailler à ces côtés. En août 2014, il devient, à trente-six ans, ministre de l’économie. Jusque-là, le parcours est certes rapide mais classique.

Mais alors, où est la nouveauté ?  Il y a bien quelque chose, une rupture, de celle qui dans notre histoire ont souvent été la marque de destin exceptionnels, Bonaparte et le siège de Toulon, De Gaulle et l’appel du 18 juin. Pour Macron, la rupture vient avec son départ d’un gouvernement en déconfiture et sa décision de créer un mouvement aux initiales de son nom – En Marche. Chacun a la rupture qu’il peut. La sienne, non sans un certain panache, s’apparente tout de même davantage à celle de l’égocentrique quittant un bateau qui coule. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse d’un semblant de nouveauté.

Un renouveau

Oui mais me direz-vous, il faut bien changer quelque chose. Je vous l’accorde mais j’ai une question. Doit-on pour autant s’abstenir d’établir un diagnostic au préalable. C’est du reste ce que ce nouveau mouvement s’est empressé de faire. En marche qu’on vous disait. Mais comme tout diagnostic fiable, il est nécessaire de ne pas avoir d’idée préconçue sur le traitement à suivre au risque de ne pas soigner de ce dont il souffre mais de ce dont on pense qu’il souffre.

C’est tout le problème des idéologies qui toujours vous ramènent à leur point de départ. Connaissant par avance le problème, il ne reste plus qu’à retrouver le chemin qui vous y amène et miracle, Emmanuel Macron a trouvé ce chemin. Il vous le dît et il en est certain, la France souffre de n’être pas assez souple. Je me souviens que ma grand-mère pensait exactement la même chose. C’est du reste l’un des apanages de la vieillesse que de regretter leur souplesse passée. Mais de la part d’un jeune homme, c’est étonnant.

Et donc, tenez-vous bien, il en conclut qu’il est nécessaire de réformer le pays qui serait devenu trop rigide. Une raideur qui généralement caractérise les cadavres, ce qui ne manque pas de m’inquiéter un peu pour l’avenir de notre pays. Et rien de tel qu’un homme jeune pour assouplir notre vieux pays en le réformant. Un sacré renouveau, je vous avais prévenu.

Le renouveau du pays est à ce prix. Sauf que ce que docteur Macron diagnostique n’est que ce que nous sommes, ce qui fait notre identité. De Gaulle l’avait bien dit, nous sommes un vieux pays marqué par notre histoire. Ce dont nous avons le plus besoin est sans doute davantage un remède adapté à nos souffrances et permettant un renouveau sans purges ni excès. Un remède de cheval parait un peu risqué et le bois qui a perdu de sa souplesse risque davantage de casser si on tente de le faire plier à toute force.

Du reste, de quel  renouveau parle-t-on ? Celui de la politique, en tout cas de son personnel, est perpétuel. Une génération en remplace toujours une autre, c’est le cycle naturel que nous impose l’existence. Quand au renouveau des idées, j’ai des doutes. Le clivage droite-gauche serait dépassé. Oui, et alors, nous le savons déjà depuis bien des années, disons vingt-cinq ans, à la suite de la chute du mur de Berlin. Il a simplement été remplacé par un autre clivage social-libéral. D’un côté, ceux qui défendent un modèle libéral, à droite comme à gauche. De l’autre côté, ceux qui défendent un modèle social, à droite comme à gauche. Le hic, c’est que ce clivage n’est pas encore en phase avec l’ancien d’où la confusion qui s’installe entre des politiques de gauche libérales et des politiques de droite sociale.

Dans ce cadre, le soldat Macron veut creuser sa tranchée libérale pour relier droite et gauche. Le renouveau serait à ce prix. Mais alors, pourquoi brusquer les choses si le renouveau ne touche qu’aux apparences. Non, non, vous n’y êtes pas. Ici, ne parlons plus de renouveau, parlons de révolution. Un énarque révolutionnaire, le comble des oxymores.

Une révolution

La révolution est le pain dont on nourrit les plus affamés. Mais pour un énarque, une révolution est le retour d’une planète au même point. En d’autres mots, c’est le meilleur moyen pour tout changer  sans que rien ne change ou du moins pas l’essentiel. Alors, parler de révolution, c’est en quelque sorte agiter le bocal pour noyer un poisson et le remplacer par un autre.

Concrètement, c’est une méthode rapide pour prendre le pouvoir, sans attendre un âge avancé et renouveler le personnel politique sous l’alibi de changements majeurs ne pouvant plus attendre et ne pouvant pas non plus être réformés de l’intérieur. Dans le domaine économique, c’est un changement de direction, la valse des portefeuilles avec leur lot de gagnants et de perdants.

Mais une révolution, pensez-vous. Parlons plutôt ici d’une tentative de saut de génération. Entre des sexagénaires ou plus disparaissant de la scène politique, des quinquagénaires déjà usés, une place est à prendre pour des quadras brillants, ambitieux et pressés. Une révolution de palais dont vous n’êtes que les complices mais chacun reste à sa place. Les marionnettes restent des marionnettes et ceux qui tirent les ficelles se disputent les commandes.

Au bout du compte, lorsque l’agitation retombera et que les places seront distribuées, les citoyens retrouveront un paysage familier avec les mêmes problèmes mais des responsables plus jeunes mais tout aussi efficaces. Pas de nouveauté, pas de renouveau et pas de véritable révolution. Mais alors, Macron pour quoi faire ?

Une précaution inutile

En réalité, Emmanuel Macron est un produit du système. Rien à voir avec un quelconque complot, c’est juste une conséquence du monde dans lequel nous vivons. Un monde bloqué, au bord de l’explosion qui génère ses propres soupapes.

Le phénomène Macron est la résultante d’une attente forte, celle d’un changement que personne n’apporte. L’exaspération grandissante appelle une transition qui devant l’urgence se manifeste soudain par la singularité d’un homme nouveau qui soudain incarne la nouveauté et le renouveau. Que cet homme dispose des qualités requises et soudain, nous pouvons assister à un basculement de l’opinion en sa faveur.

En fonction de la violence du basculement, nous pouvons parler d’une révolution mais ce n’en est pas une. Une révolution naît dans les profondeurs. Celle que nous propose Monsieur Macron n’est que superficielle. Elle est ainsi une précaution inutile que régulièrement le système nous propose comme on change l’eau d’une piscine pour la purifier sans en changer les contours.

Quoi qu’il advienne de ce mouvement, soyez sans crainte, avec cet homme, le changement n’est ni pour demain ni pour après-demain. La révolution viendra d’ailleurs, des profondeurs de la révolte de chacun d’entre nous, pas de l’émanation angélique d’un système en quête de mythes fondateurs.

A très bientôt.

Chandra

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.