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Simple négligence, la folle journée

Il n’existe rien de plus palpitant qu’un bon dénouement à une histoire. La règle d’or de tout bon suspense réside dans le brio de la scène finale. La fin se doit d’être étonnante, enlevée, émouvante et palpitante tout à la fois. Tout le soin que vous apporterez au cheminement de l’histoire pourra être effacé par une fin ratée.

En cela, une décision de justice contient tous les ingrédients d’un bon suspense. Des faits avérés, des personnalités hautes en couleur, des enjeux importants et une fin attendue de tous. C’est ainsi que tous se sont retrouvés ce 19 décembre 2016 pour le verdict de la cour de justice de la République. Ce jour-là était attendue la décision concernant l’arbitrage de l’affaire Tapie-Crédit Lyonnais, une vieille histoire qui durant plus de vingt-cinq ans a remué le landerneau de la politique française.

La vedette du jour est Christine Lagarde, Ministre de l’économie et des finances au moment des faits. Elle est accusée de « négligence » dans un arbitrage ayant coûté 403 millions d’euros à l’état au bénéfice de l’ex homme d’affaire Bernard Tapie. Rien de bien méchant en somme. Une simple négligence vous dit-on.

Une décision

Comme souvent, une décision de justice est complexe, enfin, plus ou moins. Ici, le verdict est exemplaire dans son ambiguïté. En effet, la cour déclare Christine Lagarde «  coupable de négligences ». Quel affront pour celle qui est la présidence du Fond Monétaire International (FMI) et qui va donc à coup sûr devoir démissionner.

Mais non, mais non puisque la cour la dispense de peine. Il n’y aura pas même de mention dans son casier judiciaire. Ouf, l’honneur est sauf, la justice dans sa bienveillance n’allait tout de même pas condamner un personnage d’un tel rang pour une simple négligence.

C’est avec de telles décisions que la justice marque son incapacité à nous offrir une fin digne de ce nom. C’est un peu comme dans James Bond, tout le monde sait qu’il ne meurt jamais. Ici, personne ne pensait que madame Lagarde serait condamnée, le public n’a pas été déçu.

Une absence

L’absence de condamnation est une vieille rengaine dont nous connaissons bien les couplets menaçants et le refrain toujours clément. Vous avez été négligente mais eu égard à vos états de service, ce n’est pas si grave. Nous n’allons pas nous formaliser pour si peu de chose.

En réalité, il y aurait comme une absence dans ce verdict, c’est une peine à la mesure du préjudice subi par l’état c’est-à-dire chacun d’entre nous. Or 403 millions d’euros, cela correspond au smic de 22.691 personnes pendant un an. Quand nous entendons certains se plaindre d’assistanat dans notre société, cela laisse rêveur.

L’absence de sévérité n’est pas fondamentalement une mauvaise chose. Il est juste de ne pas faire d’amalgames et dans le fond, Christine Lagarde n’a pas bénéficié directement de ses négligences. Mais dans une époque où l’exigence d’exemplarité est la règle, la décision laisse un goût amer dans la bouche.

Un manque

Un goût amer et un manque également. En effet, ne manque-t-il pas quelque chose à cette histoire, une démission par exemple. Nous sommes dans un monde merveilleux ou la négligence est pardonnée à ceux qui devraient pourtant en être exempts.

Nous voici donc affublé d’une présidente du FMI censé assurer la stabilité monétaire à l’échelle mondiale et gérer les crises monétaires et financières par la même occasion. Rien de mieux qu’une personne négligente pour assurer la stabilité des marchés.

Après avoir eu à sa tête un homme aux mœurs « négligés », voici une digne héritière dans un style plus « clean ». Certaines institutions ont les dirigeants qu’ils méritent. Mais me direz-vous, ceci n’est rien, ces personnes sont qualifiées et efficaces dans leur domaine.

A ce titre, il est cruel de rappeler le but du FMI : « promouvoir la coopération monétaire internationale, garantir la stabilité financière, faciliter les échanges internationaux, contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et faire reculer la pauvreté ». Sans commentaire.

Une simple négligence

Ce 19 décembre fut donc l’une de ces folles journées dont l’époque nous abreuve avec constance. Il est fascinant d’observer avec quelle dextérité, les oligarchies qui nous dirigent mettent un point d’honneur à friser constamment le ridicule. Ce n’est pas vraiment une surprise car, dans le fond, à quoi servirai le pouvoir si ce n’est à sauver les apparences contre toute évidence. Il y a dans le fond une certaine jubilation à prétendre les choses les plus fausses et à multiplier les négligences.

Les moyens pour sortir des impasses dans lesquelles nos dirigeants se mettent sont autant de divertissements qui nous amusent autant qu’ils nous écœurent quand nous réalisons qu’ils se font à notre détriment. Reste à ne pas oublier. La mémoire est une excellente servante. Elle permet à chacun de conserver le souvenir des faits afin de ne pas se laisser abuser par des scénarios un peu trop bien montés. Elle permet surtout de ne pas regarder un film maintes fois tourné et dont chacun connaît la fin. Nous avons tous bien mieux à faire.

A très bientôt.

Chandra

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