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Travail le dimanche, progrès tangible ?

Depuis un certain nombre d’années, travailler le dimanche est devenu la nouvelle frontière pour un certain nombre de personnes. Bercés par leurs voyages aux Etats-Unis et en Asie, nos voyageurs ont découvert ce qui leur parait être un signe fort de la modernité, le travail le dimanche.

C’est ainsi que ce qui était, il y a vingt ans encore, vue comme une lubie est peu à peu rentrée dans les mœurs et s’installe peu à peu dans notre paysage. Au point que le pouvoir, assoiffé de « modernité » en a permis la mise en œuvre au prétexte d’une plus grande flexibilité. La liberté de travailler le dimanche a même été présenté comme une avancée sociale.

De toute évidence, l’attraction pour la nouveauté a fait franchir à nos élites le rubicon de la raison pour entrer dans un monde nouveau fait d’illusions et de renoncements. En cela, le travail le dimanche est bien la nouvelle page que beaucoup ont envie d’écrire au détriment des aspirations d’une majorité.

Une idée

L’idée de départ est connue. Permettre aux commerces d’ouvrir le dimanche est une opportunité supplémentaire de vendre davantage de biens à des individus disponibles pour les acheter. Du reste, il existe depuis toujours un grand nombre d’exceptions à la règle du dimanche chômé, notamment dans le domaine du spectacle ou de la restauration.

Pendant longtemps, c’est le régime de l’exception qui a primé. Du reste, le cinquantenaire que je suis se souvient bien des dimanches de son enfance à parcourir les rues désertes d’un centre-ville, abandonnées de tous. Dans ces années-là, il ne faisait pas bon oublier des courses le samedi, au risque de devoir attendre le lundi pour remédier à la chose.

En revanche, il n’y avait qu’à aller dans les parcs, les cinémas ou les stades pour retrouver une affluence. Les familles se retrouvaient pour un déjeuner ou une après-midi de promenades et de jeux. C’était le sacro-saint repos dominical dont quasiment tous les français bénéficiaient avec le plaisir indolent des joies simples. Tout cela paraissait immuable, normal et légitime.

Une envie

Mais l’envie est un moteur puissant chez les êtres avides. Cette idée que toutes ces personnes avaient un pouvoir d’achat disponible sans réelle opportunité d’en user paraissait insupportable. C’est ainsi que peu à peu s’est insinué dans la société la tentation qu’ouvrent des magasins, des grandes surfaces, des zones commerciales.

Et c’est ainsi que petit à petit, de plus en plus de personnes eurent la possibilité de consommer davantage, amenant de l’eau au moulin des pourfendeurs du repos dominical. Le plus paradoxal étant que les nouveaux consommateurs se réjouissaient de l’opportunité qui leur était offerte.

Et puis, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes puisque tous bénéficiaient du nouveau modèle. Ceux qui consommaient avait la liberté de le faire quand bon leur semblait et ceux qui travaillait pouvaient disposer d’un revenu supplémentaire grâce aux heures de travail davantage payées le dimanche.

Un progrès

Si je récapitule, tout le monde était content. Nous pouvions dire que nous étions passés au XXIème siècle avec cette avancée tangible qu’était le travail le dimanche. Alors oui bien sûr, il y avait moins de monde dans les parcs, les cinémas et les stades. Mais bon, tout bien considéré,  les bénéfices étaient là.

Et puis, ceux qui n’étaient pas content pouvaient toujours reprendre leur liberté en refusant de travailler le dimanche. Nous pouvions enfin vivre sur le modèle qui nous faisait rêver, cette « American way of life » dont films et reportages ne faisaient que vanter les mérites et la liberté.

Et pour les rétrogrades qui refusaient le progrès, point de merci. Il n’était pas question de s’arrêter à des considérations dépassées de sauvegarde des valeurs familiales. Et encore moins lorsque peu d’entre nous étaient concernés par de telles mesures. Nous accordions notre consentement avec d’autant plus d’enthousiasme que nous ne nous sentions pas menacés.

Une contrainte

En réalité, le pouvoir d’achat est une valeur limitée pour chacun d’entre nous. De ce fait, avoir la possibilité de dépenser de l’argent le dimanche, c’est en dépenser moins les autres jours. Du coup, la plupart des commerces travaillant le dimanche ne travaillent pas un autre jour de la semaine. C’est bien normal, il faut bien se reposer.

Oui mais alors, si des commerces ne travaillent plus un jour de la semaine et travaillent le dimanche, alors leurs employés n’ont plus d’autres choix que de travailler le dimanche ou perdre leur emploi. Et c’est ainsi que sans bénéfice majeur, une société perd sa douceur de vivre en se laissant entraîner dans l’illusion d’un progrès.

Il y a encore une majorité de personnes ne travaillant pas le dimanche, mais pour combien de temps encore. Sommes-nous condamnés à ce changement ou pouvons-nous encore arrêter cette « évolution ». Nous le pouvons certainement si chacun accepte de considérer la situation collective de chacun avant la sienne. Et dans ce cas, si vous pensez que pour vos enfants, pour votre famille, pour votre bien-être, il est indispensable de disposer d’un temps de repos commun, alors soyez courageux. Cessez d’encourager les envieux mercantiles à faire travailler leurs employés le dimanche.

Alors vous pourrez comme moi vous souvenir avec plaisir de ces dimanches d’ennui. Ils ont longtemps bercé notre enfance et notre vie. Du fond de ma caverne, je me souviens de ces instants de bonheur. Je n’espère que le même bonheur pour nos enfants.

A très bientôt.

Chandra

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